Simhasana – posture du lion

Simha asana – Simhasana – Simhagarjanasana

Le mythe – La portée symbolique de la posture – Les effets de la posture – La respiration et la concentration – sources – notes

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© Christian Pisano « La contemplation du héros »

Le mythe

Le symbolisme du lion (Simha : lion) apparaît dans le Vishnu Purana. A sa quatrième réincarnation, Vishnu prit la forme d’un homme-lion afin de tuer le puissant démon Hiranyakashipu.

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Narasimha avatar de Vishnu

Hiranyakashipu avait obtenu de ne pouvoir être vaincu ni par un dieu, ni par un homme, ni par un animal, ni de jour, ni de nuit. Cet être démoniaque martyrisait son fils Prahlada dévot de Vishnu. Irrité par cette dévotion et les constantes prières de son fils à Vishnu, il entreprit de tuer son fils à plusieurs reprises. Mais à chaque tentative, Prahlada fut protégé par Vishnu. Exacerbé, le démon Hiranyakashipu demanda un jour à son fils où se trouvait son Dieu. Prahlada lui répondit : mon Dieu est partout… dans le pilier de ce temple. Hiranyakashipu prit son sabre d’acier et fracassa le pilier. Aussitôt, Vishnu en sortit sous la forme d’un homme-lion Narasimha avatar, et put anéantir le démon. Il le souleva dans les airs, le posa sur ses cuisses et le déchira en pièces. Narasimha est souvent reproduit dans les sculptures indiennes, en particulier dans les caves Ellora.

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Narasimha tuant le démon Hiranyakashipu

Le lion apparaît aussi dans la littérature indienne à côté de Durga, une des représentations de la Shakti (épouse) de Shiva : Durga montée sur un lion, brandit dans ses dix mains des armes[i] auxquelles nul ne peut s’opposer et chasse les démons. Ici également, la portée symbolique exemplifie la puissance des valeurs et des qualités nécessaires pour protéger les hommes du mal et les guider dans leurs actes. Dans ce cas, le lion représente l’animal dangereux qui doit être dompté et personnifie les forces démoniaques de la nature.

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Durga et ses dix armes pour dompter les forces démoniaques

La portée symbolique du récit et de la posture

La richesse des récits, au-delà de l’exotisme des figures et l’intensité des drames qui s’y jouent, réside dans leur puissance allégorique et leur mise en scène de valeurs et de qualités humaines représentées par des personnages fictifs et mythologiques. En l’occurrence dans le récit de Vishnu, Prahlada incarne la quête spirituelle et démontre que la foi et la ferveur ont raison de toutes les difficultés et de tous les dangers. Le démon Hiranyakashipu incarne les forces brutales et les passions égoïstes de l’homme.

Pour les pratiquants le yoga que nous sommes, sans nécessairement adhérer à une quête spirituelle, et tout en élargissant la compréhension de la posture au-delà des valeurs morales, la vertu symbolique et physique de cette posture Simhasana met en relief l’idée de pouvoir qui est en nous pour surmonter nos difficultés. Quels que soient les obstacles, nous trouveront dans cette posture la force nous permettant de nous élever contre les forces brutales et les passions égoïstes représentées par le démon Hiranyakashipu. Dans chaque homme résident le mal et la violence. Pour les dominer, dans notre quête du bien et du bonheur, nous devons transformer notre nature et dépasser notre ego, dompter nos émotions et nos pulsions primitives et irrationnelles de force et de violence.

Les effets de la posture[ii]

A – Sur le corps physique : annamaya-kosha (cf. corps subtils)
Simhasana affine l’équilibre circulatoire et respiratoire, stimule les glandes thyroïdiennes et le nerf optique, améliore la vue.  Excellent pour la gorge, la langue, les yeux et la bouche. Soulage des frustrations et les tension émotionnelles. Détend le diaphragme. Efficace pour les personnes introverties, nerveuses. Efficace contre le bégaiement. Développe une voix belle et forte. La parole gagne en clarté.

B – Sur le corps éthérique : prânamaya-kosha
Simhasana opère une liaison entre les deux chakras anahata (cœur) et ajna (entre les sourcils) ce qui augmente l’intuition. (Mahesh). Simhagarjanasana éveille anahata chakra et vishuddha chakra (gorge).

Cette posture apporte à l’âme corporelle (corps éthérique) l’énergie pour dominer et coordonner les impulsions contraires en lutte au sein de l’organisme. Elle donne la victoire à l’homme qui combat ses passions et les puissances du mal. Le pratiquant canalise hors de lui sa propre violence et son animalité en maîtrisant sa nature animale, l’homme retrouve sa nature profonde.

C – Sur le plan du ressenti
Simhasana offre un moyen plaisant de se libérer des pressions psychologiques. Dans l’expiration, nous nous libérons de façon agréable des frustrations, des contrariétés qui obstruent la fluidité de notre souffle, donc de notre mental, comme une purification de tout notre être, une véritable catharsis. En ce sens, elle soutient une extériorisation bienfaisante de ce qui se joue, ou se cache, au plus profond de notre intériorité.

La posture aide ainsi à relâcher les tensions, à détendre la respiration, à estomper les malaises ou à se libérer des lourdeurs qui nous encombrent. Elle contribue au lâcher-prise, à la relaxation et facilite ensuite l’activation du système parasympathique.

Avec Simhasana, il peut être intéressant d’explorer la visualisation ou d’éveiller les sens qui peuvent également apporter une certaine richesse. Sans nécessairement y associer des images mais sous forme de couleur (rouge ?), de sensation (chaleur ?), d’odeur. Avec l’expiration, nous pouvons aussi expulser loin de nous de tout ce qui pourrait être lié à un environnement hostile ou à une situation désagréable. Chaque pratiquant peut expérimenter, en fonction du jour, de l’attitude mentale et des perturbations (vrttis) du moment.

Dans un cours de yoga, l’aspect ludique n’est pas à négliger ; Simhasana provoque facilement le sourire, voire le rire, et stimule la joie dans la pratique.

La prise de la posture Simhasana

De nombreux livres de yoga détaillent les différentes attitudes possibles pour cette posture. Voir en particulier Shri Mahesh, BKS Iyengar, Swami Satyananda Saraswati (cf. sources à la fin de cet article).

Nous relevons deux variantes :

1 – s’asseoir en padmasana (lotus), placer les mains devant les genoux, déplacer le poids du buste en avant soit bras tendus (Iyengar), soit coudes pliés (Mahesh). Décoller les fesses monter sur les genoux les mains à l’aplomb des épaules. Porter l’effort constamment sur les doigts, les poignets, les bras, le creux du dos, les épaules et les omoplates ; contracter la nuque le visage la bouche la langue et les yeux. Ouvrir largement la bouche et tirer la langue.

2 – s’asseoir sur les talons les genoux largement écartés, poser les mains sur les genoux. Rentrer le ventre en soulevant les côtes mobiles. Ouvrir largement la bouche et tirer la langue.

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©Photo extraite de Shri Mahesh « Yoga et symbolique »

La respiration et la concentration (Drishti)

  • La respiration est régulière et peu profonde, sans effort. Quand les larmes viennent, relâcher le corps, respirer normalement et clignez des yeux rapidement, puis serrer fortement les paupières avant de les détendre.  La posture peut être tenue de 30 secondes (débutants) à 1 ou 3 minutes (avancés).
  • Les yeux sont largement ouverts, le regard fixe, chercher l’attitude juste.
  • Fixer un point en face de soi et porter l’attention sur ses propres forces internes harmonieusement maîtrisées et sur la  poitrine (centre solaire du cœur). (Mahesh)
  • Fixer le centre des sourcils ou le bout du nez : Shambhavi mudra (entre les sourcils). (Iyengar)
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Shambhavi mudra

 

La prise de la posture Simhagarjanasana
Posture du Lion rugissant dénommée Simhasana II par BKS Iyengar.

La principale différence avec Simhasana (ou Simhasana I pour Iyengar) est liée à la respiration. Commencer la tête légèrement penchée vers l’avant. La bouche fermée, inhaler profondément et lentement, puis, en relevant la tête vers le haut, expirer par la bouche en émettant un râle sonore, clair et constant, tirer la langue le plus loin possible vers le menton. Les yeux ouverts fixent un point entre les sourcils (Shambhavi mudra). L’expiration ne doit ni être crispée ni forcée. Pratiquer cinq à dix fois en relâchant le visage, la langue et les yeux entre chaque.

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Simhagarjanasana/Simhasana II

Et encore….

Le rugissement de l’inconnu : « Jusqu’où peut aller notre désir insatiable de sécurité ? Tous les remparts que nous construisons, pour nous rendre invulnérables, ne sont jamais suffisants pour nous protéger de notre propre peur. Malgré toutes nos forteresses, il y a toujours une brèche qui laisse s’engouffrer le rugissement de l’inconnu. » Contrées oniriques et créatures mythiques : asana d’initiation au rêve éveillé.

Christian Pisano « La contemplation du héros », Almora 2016, p.250.

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Sources utilisées pour cet article
Shri Mahesh, Yoga et symbolisme, Ed. CRCFI, 2006 pp.153-157
B.K.S. Iyengar, Light on Yoga, HarperCollins Publishers 2016 (p. 135)
Swami Satyananda Saraswati, Asana Pranayama Mudra Bandha,Yoga Publications Trust, 2002 (pp. 113-115)
Christian Pisano, La contemplation du héros, Ed. Almora 2016, (p. 250)

© Véronique d’Auzac – octobre 2016

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[i]
« …le détachement contre l’égoïsme, la connaissance de soi contre la colère, la générosité contre l’avidité ou la rancune, le discernement contre le préjudice (vol, meurtre…), etc. L’amour est l’arme universelle » Ref. : fr.wikipedia.org/wiki/Dourga
[ii] Ce qui est savoureux dans la description des postures de yoga et des exercices de pranayama, ce sont tous les bienfaits apportés. Sans entrer dans un débat de fond, gageons que le cœur et la motivation que nous associons à leur pratique apportent les résultats évoqués, certainement des bienfaits outre plus bienveillants que toutes les chimies imaginables.

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